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(sur les rimes du poème : Encore frissonnant)

Ton corps frissonnant,
Ardent et chaud dans les ténèbres,
Explore la femme que tu dois
Combler de ta chair d’homme.

Ton sperme et ma cyprine, doux mélange,
Embaument nos draps des assauts précédents ;
Tu glisses en moi et tu veux que je reste
L’élue du plaisir à venir.

Je te réclame, mon homme, entier,
Et j’ouvre ma fenêtre
Sur ce désir qui croît de jour en jour,
En prenant tout le temps
Qu’il faut pour la douceur
Ou pour des envies plus obscures.

Je me donne toute, je veux si peu,
Sinon être la muse de ton élan nocturne ;
Assaille ma chair et réchauffe au dedans
Le foyer de mon cœur où ne pourra mourir
Le feu vivant toujours montant
De cet Amour qui ne peut que grandir.


Encore frissonnant

Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres,
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Epargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Jules Supervielle, poète franco-uruguayen — extrait de La Fable du monde

 

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