(sur les rimes du poème : Rêvé pour l’hiver)
Fantasmé en été
À… Éléonore.
L’été renaît… faut-il fleurir le jardin rose,
Malgré mes pensers bleus ?
Car le deuil flétrit mon cœur meurtri ; là repose,
Cadavre frais, moelleux,
La belle Éléonore, qui reste de glace
Devant mes grimaces des soirs,
Outrées, pour dérider la bonne populace
En vieux habits et chapeaux noirs.
Des vers en satin blanc l’ont toute égratignée
De baisers longs et froids, comme fait l’araignée,
Des pieds jusques au cou…
Mais… que vois-je ! — Boris ! Tu te grattes la tête ?
Mais quoi ? Je suis vivante, que tu es donc bête,
Bête et même beaucoup…
Note : pour ajouter à la contrainte, j’ai respecté, du poème de Rimbaud, la distribution des vers en hexa- octo- et dodécasyllabes.
Rêvé pour l’hiver
À… Elle.
L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…
Et tu me diras : » Cherche ! » en inclinant la tête,
– Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
– Qui voyage beaucoup…
Arthur Rimbaud
En wagon, le 7 octobre 1870
Cahiers de Douai