[Tous les sexes et tous les genres sont visés par les réflexions qui suivent]
Il en est des poètes comme de toute chose en ce monde, chacun s’établit à son niveau, spontanément, et qu’il ne choisit pas délibérément, sauf cas de gravissime imitation par manque de ressources personnelles. Offerte ici la riche palette des représentants de l’Art, toutes tendances confondues.
Des poètes exploitent les mines brutes des sensations, forêts touffues ou réduites aux branches nues en des saisons souvent fades,ou mieux colorées ; d’autres se noient dans les lacs creux et profonds (ici, nuance) des émotions exaltées, tristes ou gaies, et pleurent dans leurs eaux tièdes et débilitantes, bien que parfois lustrales ; d’autres s’aveuglent aux épées tranchantes ou émoussées de théories et de thèses spoliées à des domaines par trop étrangers à la poésie. Certains badinent, certains sont sérieux, d’autres chantent ou crient, mais tous ouvrent ou souhaitent ouvrir leurs pétales au Soleil généreux de l’inspiration qui rayonne depuis les origines du Monde sur l’esprit ardent de ses adorateurs.
Une minorité, enfin, s’abreuve aux sources jaillissantes de la vision pure, de la Lumière sans nom — jusqu’à la transcendance, à l’occasion, guidée par les anges là-haut fracassant l’obscurité de l’âme qui afflige les mortels depuis leur naissance. Une deuxième naissance éclot à celui ou celle favorisé.e des dieux, pour aucune raison connue — que d’injustice apparente dans ce monde éthéré de l’Esprit qui souffle où il veut !
Il y a aussi le cas des versatiles, ou des indécis, selon le bout de la lorgnette, qui poétisent juste et parfois moins. Mais à l’occasion ils surprennent en polissant quelque perle que nous ne soupçonnions pas leur mer d’abriter.
N’oublions pas non plus ceux et celles dont le cœur est plus vaste et plus profond que toutes les poésies du monde, ce cœur en soi poème et chant de grâce aimé des dieux et de ceux qui savent et qui voient. Ceux-là, aucune de leurs imperfections n’est assez grave pour que nous cessions de les aimer, comme ils savent eux-mêmes aimer si chaudement la vie et sa poésie. Qu’ils sachent ici que je les chéris tous d’une même affection.
Rappelons-nous aussi qu’au-delà de nos illusions et de nos revendications, ce n’est jamais que la Poésie en personne qui s’exprime à travers nous dans son jeu, sans fin prévisible, avec le langage, et que, comme toute mère aimante, jamais elle ne renie ses enfants, qu’ils soient en santé et florissants, ou malades, voire lourdement handicapés. La profondeur du cœur de la Poésie est sans limites et insondable, et en son sein nous serons toujours accueillis et nourris comme au foyer familial.
Note : cet ordonnancement du positionnement spontané induit par la nature de chacun.e connaît toutefois des exceptions… quelques rebelles en négation jettent aux orties dans un élan luciférien et stérile ce que la Nature a élaboré au cours d’une longue patience séculaire ; ils se donnent pour matériaux bruts les blocs mêmes du langage, et jouent à des jeux enfantins et lassants avec les mots, qu’ils entrechoquent dans des cliquetis miroitants tout en surface, autant que toc… Mais quel chat redemande toujours et sans cesse qu’on le caresse à rebrousse-poil ? Et quel improbable hasard jettera à nos yeux étonnés la beauté d’un prisme poétique taillé aux mesures décrétées d’Apollon, et qui reflète tout le spectre harmonieux de la Création… et transperce nos regards jusqu’au fond de nos cerveaux sidérés du Sublime ? Car vous croyez que la Beauté a ses lois, n’est-ce pas ? Prions donc le Ciel qu’il nous ouvre la vision jusqu’aux mystères inentamés du Cosmos, que nous percions enfin, rêve impossible au cœur qui souffre de sécheresse et de vide, les secrets jalousement chéris de ceux, bénis, à qui le génie a gratifié de ses ultimes et parcimonieuses lumières.
S’achève ici un aperçu succinct de l’esprit des poètes, vrais ou faux.