Sa bête*, ayant trop chanté
Tout l’été,
Flancha toute dépourvue
Quand la baise fut venue :
Chantal suça le morceau
Qu’elle crut un vermisseau.
Elle plaignit sa famine
Chez la pute sa voisine,
La priant de lui prêter
Du sexe** pour subsister
Jusqu’à la passe nouvelle.
« Vous me lécherez, dit-elle,
Vous, ou bien votre animal,
Car jouir est le principal. »
La pute se veut prêteuse :
D’amour, de cul à défaut.
Forniquiez-vous par temps chaud ?
Fit Fannie à l’emprunteuse.
— Tout en jouissance venant
Je baisais, ne vous déplaise.
— Vous baisiez ? J’en suis bien aise.
Remettons-ça, maintenant.
* Métaphore décente pour éviter toute vulgarité.
** Chantal manquait aussi de sucre, mais ça, c’est une autre histoire…
La Cigale et la Fourmi
La Cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût, foi d’animal,
Intérêt et principal. »
La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
– Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.
Jean de La Fontaine, Les Fables