L’offrande de cette entrée de mon Journal imaginaire s’adresse d’abord à toi, ô Poétesse, mais aussi, par compassion, aux Poètes mineurs qui font cercle autour de toi en admirant ta beauté et ta grâce toute féminine, jalousant ton rare talent, talent qu’ils ne peuvent manquer de reconnaître sans pouvoir jamais l’égaler…
Avertissement* de Xuyozi (sans complaisance, et dont la lecture est absolument nécessaire et indispensable à la compréhension juste de ce qui suit) : ce que vous vous apprêtez à lire, chères lectrices et Poétesses éclairées, vous ne le trouverez nulle part ailleurs — en effet, je vousl’offre en exclusivité mondiale, et, soyez-en informées, par pure générosité personnelle, bien qu’également humanitaire et universelle (sauf pour quelques petits « clans » insignifiants d’analphabètes isolés, ignorants et ignorés, qui seront, par compassion, oubliés…). Vous ne pourrez donc, mes très chères, plus jamais dire que vous l’ignoriez ou, au choix, que vous ne le saviez pas… (une bonne blague idiote qui vaut bien un mauvais jeu de mots, n’est-ce pas ? Ha Ha Ha Ha !)…
- Si le temps vous manque pour lire cet avertissement, je vous conseille vivement de le sauter, ainsi vous pourriez gagner quelques si précieuses secondes dans votre vie moderne et trépidante (et à certains égards, nulle, admettez-le…), sans compter que très souvent, cela est du moins mon expérience réitérée, les avertissements ne sont que de convention et apprennent rarement des choses qui vaillent vraiment la peine d’être lues/sues — bon, d’accord, il peut arriver qu’un avertissement soit pertinent et vraiment informatif, ce qui est loin d’être le cas ici, détrompez-vous, car, eh oui ! je ne l’ai composé que pour attirer votre attention sur le fait qu’en général notre vie entière est une honteuse perte de temps, temps, hélas, que nous ne pourrons jamais rattraper, mais cela, vous le saviez déjà, alors inutile de lire cette dernière phrase — trop tard, le mal est fait, je vous ai bien eues ! Ou vous la délisez, ou je la désécris, comme vous voulez, faites votre choix et prenez tout votre temps, le mien est infini, je pourrais même vous en prêter si vous en êtes momentanément à court… Alors, que décidez-vous ?
Lettre à la Muse* :
Salut, ô la Muse,
Vous ne serez peut-être pas entièrement d’accord avec l’ébauche qui suit d’une tranche à paraître (ou non) de mon inénarrable Journal imaginaire, ô toi la Muse. Je vous la propose tout de même, s’il vous reste encore du temps pour lire mes délires, entre deux séries d’octrois inspirationnels carabinés et gratuits aux Poétesses méritantes, du temps aussi pour me faire part de vos réflexions, si vous deviez avoir du temps à perdre à en avoir…
La Poétesse cisèle un joyau pur et nu, de préférence brillant et aux couleurs rares, vives et si non choisies personnellement, du moins enchantées pour l’œil d’une Maîtresse, cueilli au Ciel improbable de la nôtre vie obscure et insipide, et elle prend garde à ne jamais l’égarer ou le salir dans un quelconque quotidien banal sur les chemins rocailleux et poussiéreux de notre Mère la Terre, si négligente et si mauvaise femme de maison… Elle va même jusqu’à exiger que nous fassions le ménage pour elle, vous imaginez ! Y compris (mais sans le dire… nous le suggérant mentalement…) dans la poésie !
Je suis un (p)artisan de l’Art pour l’Art, et pour cause, et ça tombe bien, tous les sentiments humains me sont étrangers (étant cousin de fesse gauche du Dr Spock par mon arrière-grand-mère maternelle d’adoption — Ha Ha Ha Ha !), et je ne nourris aucun intérêt pour un « art » qui ne s’habillerait que des oripeaux de la vie commune, le plus souvent sales et déchirés — la Poésie n’est pas une biographie… ni une religion… ni un engagement — elle ne se compromet jamais dans l’inutile, et ne défend aucune cause, souvent prétexte à s’évader de soi-même… Les prosaïques illusionnées s’en chargent (ce sont, en quelque sorte, des illuminées inversées, la tête à l’envers et regardant vers le bas)… puisqu’elles ont tout leur temps à perdre… et la Diablesse sait qu’elles ne s’en privent pas, n’ayant jamais su ce que c’est que de le… (le manuscrit présente ici quelques graves lacunes improvisées… désolé…)
En ce sens, tous mes écrits, je dis bien tous mes écrits, ne sont que du vent si l’on cherche à les interpréter en fonction d’un vécu qui toujours doit se noyer dans l’encre limpide, bouillante et sacrée de la Poésie (son sang spirituel…) et ne jamais interférer avec la Vision… (avez-vous remarqué, j’ai écrit LA Vision, et non pas SA Vision ? Oui, vous l’aviez remarqué, vous êtes si attentives, si perspicaces…)
La Beauté se tient seule et sans appui sur son propre socle, personne ne l’y met, personne non plus ne peut la contraindre d’y trôner en invoquant le fonds toujours indigent de son être de « scribouilleuse » sentimentale ou de « politicailleuse » de causes à la noix…
Toi, Muse ! (je la tutoie parfois quand je m’enhardis, en général tôt après déjeuner les jours de pluie, où je me fais plus humble tout en ne démordant pas de ma fierté…), tu t’exprimes de toi-même, par amour pour la Poétesse, si si, ne sois pas si modeste, et, à la rigueur, si tu réclames le secours de ta protégée, ce n’est jamais que pour lui faire croire qu’elle peut se passer de toi… Et elle le croit, l’inconsciente et prétentieuse qu’elle est, quand elle s’oublie et qu’elle t’oublie !
La poétesse revendique toujours une vie qui lui appartiendrait en propre, or, la Poétesse, quant à elle, ne réclame rien pour elle-même, si ce n’est sa totale soumission à la Beauté. D’ailleurs la Poétesse ignore même où loge cette Beauté, elle ne saurait s’y rendre par elle-même, sauf sur invitation expresse de la Déesse en personne (et toi, la Muse, tu es cette Déesse — si si, ne sois pas si modeste…)…
Et quand elle la visite, la Beauté — vous suivez toujours ? c’est toujours les yeux bandés, car là ou ailleurs elle est la grande aveugle qui ne voit rien et ne sait que transcrire ce qui lui est transmis d’en Haut… Enfin, cela dépend du lieu où elle se situe dans l’espace sidéral à tel ou tel moment précis du temps en réduisant en conséquence l’évidente formule e=mc2, beaucoup plus poétique qu’il n’y paraît au premier quatrain… —
Situation en résumé : la Poétesse est une Voyante, bien qu’aveugle, et c’est par pure grâce et le front courbé sous le poids des visions qu’elle aurait bien voulu pouvoir nourrir elle-même, en vain, car elle est trop pauvre pour se payer les couleurs qui ne coulent dans le lac percé et sans fond de son esprit que d’un torrent inépuisable, la source qui engendre la mer de l’inspiration directe et spontanée de la Déesse, quand ça lui chante…
À bientôt, la Muse, fais-moi signe si je ne t’aperçois ou ne te devine au premier coup d’œil… Enfin, cela dépend du lieu où…
- Ça l’amuse, de recevoir des lettres (Ha Ha Ha Ha !). Un autre jeu de mots con… car nous nous moquons — Ah ! Ces mots qu’on dit quand on manque d’inspiration pour la seule chose qui vaille… Un dessin ? (Ha Ha Ha Ha !).
À suivre (ou pas),
[Message de dernière heure en provenance directe du bureau de la Déesse, à Paris, ??e arrondissement (ne soyons pas trop précis pour entretenir le mystère…) : — Il est impératif, chères Poétesses, en nos temps de si grande paupérisation poétique, que l’Art soit exhaussé aux niveaux accoutumés aux époques où les déesses, de la Grèce ou d’ailleurs (nous ne sommes pas difficiles et encore moins ethnophobes…) où les déesses, dis-je — vous me suivez toujours ? s’incarnaient de bonne grâce dans la peau des (de la friture sur la ligne nous a empêchés de bien saisir la suite de ce divin message — nous nous en excusons auprès de celles qui manqueraient de l’imagination nécessaire pour suppléer la suite…]
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